14 septembre 2006

Livre : The bell curve (3/3)

Livre : The bell curve (1/3)
Livre : The bell curve (2/3)

Quatrième Partie – Vivre ensemble

Notre analyse n’apporte aucune solution simple et définitive aux problèmes de notre société contemporaine. Mais, en même temps, les informations apportées jusqu’ici se sont révélées pertinentes pour pratiquement tous les problèmes de société. Dans les chapitres qui suivent, nous résumons l’état actuel des connaissances sur les principaux domaines :

- favoriser le développement intellectuel en modifiant les conditions de vie de gens, et les difficultés d’un tel programme ;

- les progrès réalisés en termes de niveau moyen d’éducation et d’aide aux plus défavorisés, et les lacunes concernant la formation des élites ;

- le bilan de la discrimination positive dans l’éducation et au travail.

Augmenter l’aptitude cognitive

Des études ont mis en évidence les bénéfices d’une meilleure alimentation sur les tests de QI non verbaux, mais pas sur les tests verbaux, ce qui serait cohérent avec l’effet Flynn. Les résultats sont plus mitigés lorsqu’on demande ce qui pourrait être bénéfique pour un enfant en âge d’entrer à l’école. Un programme spécial d’éducation d’une durée de 4 ans au Vénézuela a permis de mettre en évidence un gain de 2 à 7 points de QI, mais il n’a pas été possible de vérifier si les élèves avaient conservé ce gain après l’arrêt du programme. Pour les étudiants plus âgés, les programmes de préparation intensive aux tests SAT permettent un gain similaire, mais ce bachottage est très spécialisé et son effet ne perdure pas. Le programme Head Start a été lancé dans les années 1960 afin d’aider au développement intellectuel des enfants pauvres en leur apportant une aide éducative importante avant l’âge de l’école. Malgré un budget qui se compte aujourd’hui en milliards de dollars, les résulats en termes de QI sont statistiquement insignifiants. Le programme a donc changé d’objectif, visant à réduire à long terme les problèmes d’échec scolaire, de délinquance, et à réduire les naissances illégitimes, mais il n’a pas beaucoup plus de succès dans ces domaines.

Il y a cependant consensus sur une modification de l’environnement qui facilite le développement intellectuel d’un enfant défavorisé : il s’agit de l’adoption. Des études françaises ont mis en évidence un gain de 12 points de QI chez des enfants adoptés par rapport à leurs frères et sœurs, mais un retard de 8 points par rapport à leurs nouveaux camarades de classe. Ceci confirme que l’effet de l’environnement est important, mais on n’a toujours pas identifié ce qui, dans l’environnement, était responsable de la différence [NDR : sur ce thème, J.R.Harris cite une autre étude, selon laquelle les enfants adoptés par une famille aisée ne sont pas avantagés par rapport à ceux dont la mère défavorisée est relogée dans un meilleur environnement et continue d’élever elle-même son enfant].

Le nivellement de l’éducation américaine

La plupart des gens considèrent que l’enseignement public américain est en plus mauvais état qu’avant, mais il n’en est rien. L’élève moyen reçoit un enseignement qui est plutôt meilleur qu’hier. Comme on le verra, les problèmes d’enseignement se limitent aux élèves les plus brillants. Il est vrai que les résultats scolaires de l’élève américain moyen sont très mauvais : un grand nombre ne maîtrisent pas la lecture ni les calculs de pourcentages, et ne connaissent pas les dates historiques les plus célèbres. Dans les comparaisons internationales, les Etats-Unis se classent parmi les derniers des pays industrialisés. Mais peut-on pour autant regretter le bon vieux temps où l’école enseignait quelque chose ? Non. Pendant la première moitié du 20ème siècle, le niveau moyen n’a cessé de progresser avec l’augmentation du nombre d’années de scolarité. Il a baissé au milieu des années 1960, mais la progression a repris dans les années 1970.

En revanche, le niveau des 10 ou 20% d’élèves les plus brillants a baissé au cours des dernières décennies. Pendant les années 1960-70, le niveau des college students a baissé de presque un-demi écart-type aux tests verbaux, et un tiers d’écart-type en maths. L’explication habituelle est que la massification des études supérieures a permis l’arrivée d’étudiants plus ou moins défavorisés qui étaient moins biens formés. Mais cette explication ne tient pas la route, car pendant la période de baisse, la cohorte d’étudiants blancs a diminué, et ne s’est certainement pas démocratisée. Une étude des différentes variables indique que ni la race, ni le SES, ni l’éducation parentale, ni la composition de la cohorte, ni le sexe ne peuvent expliquer cette baisse qui traduit simplement une dégradation de l’enseignement.

Enfin, nous examinons les étudiants très brillants, qui réalisent un score supérieur à 700 au test SAT (environ 1% d’une génération). Le nombre d’étudiants brillants a été divisé par deux pendant les années 1960-70. Cette baisse a été compensée par un rattrapage du niveau dans les années 1980, mais uniquement pour le test SAT non verbal (maths). Il semble donc que, alors que l’éducation progressait pour l’élève moyen, différentes pressions politiques et culturelles se sont exercées pour baisser le niveau d’exigence vis-à-vis des bons élèves [NDR : Ceci est à mettre en perspective avec le phénomène de sélection accrue qui est décrit dans les premiers chapitres. Les écoles d’élite semblent recruter aujourd’hui des élèves plus doués qu’hier, tout en leur demandant un peu moins en termes de résultats. On peut donc penser que l’effort d’apprentissage a nettement diminué pour ces étudiants].

L’opinion publique américaine est globalement en accord avec cette situation. Les études de satisfaction sur le système scolaire révèlent que les parents veulent des classes plus calmes, sans armes, sans violence, et sans drogues, mais qu’ils ne veulent pas d’une augmentation de la charge de travail scolaire pour leurs enfants, ni d’une plus grande rigueur dans la notation. L’accès aux études supérieures s’étant facilité, il n’est pas indispensable d’avoir des très bonnes notes en high school pour poursuivre ses études. Plus de 90% considèrent que l’école de leurs enfants fait un bon ou un excellent travail, alors que cette proportion est de moitié chez les parents taïwanais et japonais. Contre une telle tendance, les réformes fédérales risquent d’être impuissantes, et cela devrait être pris en compte pour modifier les politiques actuelles. En 1993, les programmes d’éducation prioritaires ont représenté 8,6 milliards de dollars, dont 92% ont été consacrés aux défavorisés, 6% étaient ouverts à tous les élèves, et 2% aux frais de gestion de ces programmes, et seulement 0,1% étaient destinés à des programmes spécifiques pour les élèves brillants.

Un thème récurrent dans ce livre est qu’être intellectuellement doué est un don, que personne ne le « mérite ». Pourtant, nous avons vu que ces jeunes talentueux accumulent de plus en plus la reconnaissance sociale et les avantages matériels. Idéalement, nous aurions voulu qu’ils fréquentent des écoles mixtes, et qu’ils aient l’occasion de connaître la population moyenne de leur pays. Mais nous savons que cela ne se produira pas, et qu’ils iront dans des écoles élitistes quoi qu’il arrive. Dans ces conditions, il serait temps de leur demander un effort à la mesure de leurs capacité, en particulier dans le domaine du test SAT verbal : savoir réfléchir à des problèmes complexes, analyser, raisonner, synthétiser, et comprendre. Cette proposition paraîtra élitiste, et elle l’est, mais il ne s’agit jamais que de restaurer l’idée des études classiques, qui ont été abandonnées même pour les élèves qui en étaient capables.

La discrimination positive dans les études supérieures

Les mesures mises en place dans les années 1960 consistent à réserver des places dans les écoles et les universités d’où les minorités défavorisées étaient auparavant exclues. Il serait donc utile de se demander quelle est l’ordre de grandeur de l’avantage conféré aux groupes concernés, et par exemple à quel écart de notes il correspond. Pourtant, ces chiffres sont confidentiels et ne font jamais partie du débat public. Nous avons obtenu les données des tests SAT de 26 des meilleurs colleges et universités pour 1991 et 1992. La différence moyenne de notes entre les noirs et les blancs est de 180 points, soit 1,3 écart-type, ce qui place l’étudiant noir moyen environ au 10ème pourcentile des étudiants blancs. Harvard est la seule institution où l’écart entre noirs et blancs soit inférieur à 100 points au SAT. A l’inverse, l’examen des résultats des étudiants asiatiques montrent qu’ils ont en moyenne 30 points de plus que les blancs. Cette situation est préoccupante, car de nombreux étudiants asiatiques sont arrivés aux Etats-Unis dans des conditions très difficiles, ont souffert de discriminations raciales, et ils accèdent aux études supérieures un peu moins souvent que les blancs pour leur aptitude. Enfin, les étudiants noirs et latinos les plus brillants sont une denrée rare, que les écoles s’arrachent pour respecter les quotas sans baisser le niveau. Certains n’hésitent pas à offrir à ces étudiants des bourses et des avantages considérables pour les attirer.

Lors du processus d’admission au college, la réussite scolaire ou le mérite académique n’est pas le seul critère qui doit rentrer en ligne de compte. Un critère qui est souvent pris en compte est l’intérêt de l’institution elle-même : en recrutant un très bon pianiste, ou un grand sportif, elle contribue à améliorer sa notoriété. Il faut aussi prendre en compte l’utilité sociale des recrutements, et ce que tel ou tel étudiant apportera plus tard à la collectivité. Il y a donc de vraies raisons de donner parfois la préférence à un étudiant issu d’une minorité, même si il est moins qualifié qu’un autre. Puisque personne ne songe à contester cette notion, voyons comment elle est mise en œuvre en pratique.

Pour quantifier la pratiques des colleges, nous avons réparti les étudiants en quatre groupes selon qu’ils sont noirs ou blancs, et économiquement au-dessus ou en-dessous de la moyenne. Par exemple, nous estimons ainsi qu’un candidat issu à la fois d’une minorité et d’un milieu populaire devrait être fortement favorisé par rapport à un étudiant blanc issu d’un mileu riche. En revanche, un candidat minoritaire issu d’un milieu riche ne devrait pas être favorisé par rapport au candidat blanc issu d’un milieu populaire. Les chiffres révèlent qu’il n’en est rien, et que les candidats noirs sont favorisés dans toutes les configurations, indépendamment du fait qu’ils aient ou non souffert de difficultés économiques. Le tableau ci-dessus mesure l’avantage qui leur est conféré en termes de résultats scolaires par rapport aux autres candidats blancs, mesuré en écart-type. En-dessous de chaque chiffre, le signe (– ou = ou + ou ++) indique la préférence qui aurait dû être donnée selon nous, sur la base d’un argument d’équité.

La discrimination positive au travail

Les employeurs cherchent à embaucher les meilleurs salariés, et les tests sont l’un des moyens les moins coûteux et les plus efficaces à leur disposition. Les tests spécifiques ne sont pas meilleurs que les tests généraux qui mesurent l’aptitude mentale. Enfin, l’aptitude mentale d’un salarié a une relation avec sa productivité, quel que soit le type d’emploi. Avant 1964, les noirs étaient fortement sous-représentés dans de nombreuses professions. Un des objectifs du Civil Rights Act était donc d’offrir à chacun les mêmes chances d’accéder à un emploi, selon sa compétence et non selon son origine raciale. A la fin des années 1960, on observe que le marché de l’emploi avait atteint la parité entre les noirs et les blancs lorsque l’aptitude cognitive est prise en compte. Après 1970, le mouvement s’est poursuivi au-delà du point d’équilibre.

La conséquence est qu’il existe des différences notables de performances professionnelles. Elles apparaissent par exemple dans les examens de compétences des enseignants, réalisés dans les années 1980.

En 1950, les noirs étaient systématiquement et injustement exclus de nombreux emplois qualifiés. Depuis cette époque, les attitudes ont changé et les opportunités se sont ouvertes grâce à la discrimination positive. Pourtant, dans les année 1990, les problèmes d’hostilité raciale subsistent dans la société américaine. Quelle devrait être la politique de discrimination positive dans ce contexte ? En 1964, un des promoteurs de la loi déclara « qu’elle ne limiterait pas la liberté de l’employeur de librement embaucher, licencier, promouvoir ou sanctionner, du moment que sa décision n’était pas basée sur des critères raciaux », et s’engagea à manger le texte de loi en public si il se trompait. Mais on ne s’est pas donné les moyens de mesurer ses effets. Peut-être le graphique précédent signifie-t-il simplement que le QI n’est pas si important pour la productivité d’un salarié, après tout ? Faute d’avoir sérieusement étudié le sujet, il est impossible de déterminer si l’avantage à l’embauche conféré aujourd’hui aux noirs correspond à la vision qu’avaient les rédacteurs de la loi.

Où nous allons

Spéculer sur l’avenir de notre société est une tâche pour le moins incertaine, mais certaines tendances se sont toutefois dégagées :

- l’apparition d’une élite cognitive de plus en plus isolée ;

- la fusion de l’élite cognitive et des riches ;

- la détérioration des conditions de vie des personnes ayant une aptitude cognitive dans le bas de la distribution.

En l’absence de changement, ces évolutions pourraient transformer la société américaine en une société de castes, avec une élite ancrée de plus en plus solidement au sommet, et un sous-prolétariat tout en bas.

Au début du siècle, la grande majorité des personnes les plus intelligentes n’atteignaient pas le niveau du college. Elles vivaient avec des personnes moins intelligentes, leurs enfants allaient ensemble à l’école, ils fréquentaient la même église, et se mariaient. Il ne s’agit pas d’une utopie égalitaire, au contraire, car la société était hiérarchisée selon le niveau de revenus, la religion, et l’origine ethnique. Une partie de l’histoire décrite dans ce livre peut être considérée comme une success story : c’est un succès pour les personnes assez chanceuses pour faire partie de l’élite cognitive, et c’est un succès pour la nation dans son ensemble. Les Américains croient en effet que chacun devrait pouvoir se hisser aussi haut que son talent et son travail le lui permettent, et cette conviction s’est transformée en réalité en ce qui concerne le QI. Ce qui est préoccupant, c’est l’idée que l’élite cognitive pourrait former une coalition qui voit la société américaine à travers sa lentille, et que ses membres sont ignorants de certaines réalités. Cette situation est symbolisée par les communautés enfermées derrières leurs grilles et leurs postes de sécurité. Mais de nombreux autres signes existent, comme par exemple la désertion des écoles publiques des grandes villes par ceux qui peuvent se le permettre.

Cette nouvelle élite a déjà peur du sous-prolétariat, et elle aura de plus en plus de raisons d’avoir peur dans les années qui viennent. Pour un enfant, naître et être élevé par une mère célibataire et peu intelligente (environ 20% des naissances) est une malchance. Ces enfants s’en sortent moins bien socialement et économiquement, et finissent par être sur-représentés dans les prisons [NDR : Voir le célèbre article de S.Levitt sur le sujet]. Les tentatives passées pour compenser ces mauvais départs ont montré à quel point c’était difficile. Dans un scénario catastrophe, la société pourrait donc évoluer vers un « état tutélaire » [NDR : custodial state]. Dans les quartiers défavorisés, constatant l’incurie des problèmes évoqués plus haut, l’Etat prendrait en charge entièrement la garde des enfants, l’hébergement des sans abris, le redressement des délinquants, etc. avec pour conséquence que le racisme pourrait réémerger sous une forme nouvelle et plus virulente.

Une place pour chacun

Comment les politiques publiques peuvent-elles s’accomoder du fait que les gens diffèrent par leur intelligence, pour des raisons qui ne sont pas de leur faute, et que ceci a des conséquences puissantes sur leur vie ? Jusqu’ici, elles ont postulé que ces différences injustes étaient engendrées par le système, puisque les être humains étaient tous nécessairement identiques. Mais la théorie politique contemporaine de l’égalité sous-estime les différences qui existent entre les être humains, et surestime sa propre capacité d’intervention pour façonner le caractère et les aptitudes. L’existence même de différences est aprement combattue, et pour peut que ces différences soient liées à l’appartenance à un groupe, elles sont totalement censurées. Dans ce livre, nous avons brisé un tabou en parlant de différences raciales, mais il serait tout aussi difficile de demander à quel point les hommes diffèrent-ils des femmes ? les jeunes des vieux ? les hétérosexuels des homosexuels ? sans être immédiatement taxé de sexisme, de jeunisme, d’homophobie, d’élitisme, etc. Or, si l’on admire la diversité des être humains, l’idée d’une diversité obligatoire décrétée par des quotas est au contraire peu réjouissante.

L’objectif général serait une société dans laquelle chacun, quel que soit son intelligence, peut trouver et se sentir à sa place. Avant l’avènement de la société technique que nous connaissons aujourd’hui, il était plus facile à un homme ayant un QI de 80 de devenir fermier, se marier et avoir des enfants, contribuer au bien-être de sa communauté, et ainsi de trouver sa place. Si c’est devenu plus difficile aujourd’hui, il faut en chercher la raison du côté de l’organisation de la vie locale, plutôt que dans les conditions économiques, puisque ces dernières ont progressé au cours du 20ème siècle. Il convient donc de rendre aux communautés locales et aux collectivités la gestion des leurs affaires sociales, dont la centralisation est excessive. De manière générale, la complexité croissante des règles en tous genres a avantagé l’élite qui a la possibilité de les comprendre, et rendu la vie plus compliquée aux personnes moins intelligentes.

Certains lecteurs auront peut-être interprété ce livre comme un plaidoyer pour limiter la redistribution, et modifier la fécondité des personnes ayant un QI très élevé ou très bas. Il pourrait être intéressant de débattre de ces sujets, mais nous voulons nous voulons nous contenter de commentaires généraux. Sur la question économique, la redistribution existe, elle n’est pas prête de disparaître, et un retour au laissez-faire serait inconcevable. Mais si l’objectif est de permettre à chacun de participer activement à la vie de la société, et de trouver ainsi sa place, les compensations financières ne sauraient se substituer à cet objectif. Quant à la démographie, c’est l’un des sujets les plus dérangeants que nous avons abordés, avec l’idée que la société américaine est peut-être en train d’aller dans la mauvaise direction, et que cela pourrait avoir des conséquences négatives. Nous sommes effarés à l’idée qu’un gouvernement puisse décider qui doit et qui ne doit pas avoir des bébés. Pourtant, c’est ce qui se passe aujourd’hui, et sans le savoir les Etats-Unis encouragent les mauvaises mères : celles qui sont les plus pauvres et qui sont plus souvent que d’autres parmi les moins intelligentes. Le gouvernement devrait donc cesser de subventionner les naissances, riches ou pauvres, et se contenter de rendre plus accessible les moyens de contraception afin de permettre aux femmes de maîtriser leurs décisions de grossesse.

Une de nos conclusions est que lors de l’élaboration de toute politique publique, que ce soit dans l’éducation, l’emploi, l’aide sociale, la délinquance ou l’enfance, ses rédacteurs gagneraient à se poser la question : comment cette mesure s’accordera-t-elle de la grande variété qui existe en termes d’aptitude cognitive ? Après que les différences entre groupes ont été ignorées pendant si longtemps, la seule manière de les contourner est désormais de revenir à l’individualisme : une personne ne doit jamais être jugée en tant que membre d’un groupe, mais en tant qu’individu. Moyennant cela, la répartition de la société en classes cognitives continuera. Elle ne peut pas être arrêtée, car les forces qui sont en jeu ne peuvent pas être contrées.


Pour conclure, voici quelques lectures pour ceux qui veulent creuser le sujet.

Pour :

Charles Murray – The inequality taboo

Arthur Jensen – Thirty year of research on race differences in cognitive ability

Arthur Jensen – The debunking of scientific fossils and straw persons

Chris Brand – The g factor en version téléchargeable

Contre :

Ned Block – How heritability misleads about race

Claude Fischer – Inequality by design, cracking the bell curve myth

Stephen Jay Gould – The mismeasure of man

5 commentaires:

M.H. a dit…

Je viens de lire vos trois parties consacrées au Bell Curve (mais pas encore tous les documents que vous citez, notamment celui de Levitt). Il apparait que le sujet ne vous fait pas peur, et que vous discutez le fond du problème et non la forme avec ses considérations racistes. Ce n'est pourtant pas un sujet où l'on peut facilement éviter les insultes (j'en sais quelque chose).

Vous avez cité le Thirty Years de Rushton et Jensen, alors je suppose que vous l'avez lu. Quoi que... vous semblez ignorer que l'effet Flynn est un mythe, celui-ci ne portant pas sur le facteur g (voir page 269 de Thirty Years). Si le sujet vous intéresse, je vous recommande vivement de lire ce document :
http://psychology.uwo.ca/faculty/rushtonpdfs/Intelligence%20and%20How%20to%20Get%20It%20%28Working%20Paper%29.pdf

Bien que les auteurs répètent un peu ce qu'ils écrivent dans Thirty Years, leurs réponses sont cinglantes. Ils pulvérisent littéralement Nisbett, si souvent cité par les détracteurs de la théorie héréditariste (Gould, que vous citez, n'a pas été épargné lui non plus, bien que ce papier ne lui est pas spécialement adressé). Je le recommande car on y trouve des discussions intéressantes. Par exemple, le cerveau d'Einstein pèse 1230 grammes, dit Nisbett, soit moins que les noirs. Les auteurs répondent que c'est dû au vieillissement des tissus cérébraux à partir de 25-26 ans, et la perte est de 2 gr par an (5 gr après 80 ans).
Nisbett cite beaucoup d'étude en contradiction avec celles présentées par Rushton/Jensen, Turkheimer, Schoenemann, ou l'étude d'adoption transraciale que vous citez dans la partie 2 de Bell Curve. Mais tous échantillons sont biaisés (sur l'adoption transraciale, le problème c'est que ce n'est pas une étude longitudinale, comme la magnifique étude du Minnesota (ils en parlent dans le papier que je cite, et aussi dans le Thirty Years). Pendant l'enfance, le QI c'est 50% génétique-50% environnement, mais à l'âge adulte, ce ratio bascule sensiblement : 80%-20%. L'intérêt de l'étude du Minnesota est de montrer que les effets environnementaux diminuent avec l'âge. Ainsi les adolescents se retrouvèrent avec un QI qui n'est pas très loin de leur propre moyenne ethnique.

Une critique souvent invoquée est le biais culturel des tests SAT:
http://www.lagriffedulion.f2s.com/testing.htm#APPENDIX%20B

L'argument ne tient pas parce que, comme on peut le voir, les asiatiques de parents pauvres et faiblement éduqués font mieux que les noirs de parents riches et d'un haut niveau d'étude. Par ailleurs, les tests non biaisés (car il en existe) présentent le même résultat; la hiérarchie est solidement établie. Les jaunes, premiers, suivent les blancs, les hispaniques. Les noirs sont derrière.
Certains ajoutent alors que le racisme anti-noir explique leur faible résultat parce qu'il fait abaisser leur confiance et l'estime de soi (notamment).
Trois critiques :
-le racisme n'explique pas le QI élevé des juifs, entre 112-115.
-des études d'adoptions transraciales écrasent le mythe des effets d'attentes qui agiraient en défaveur des noirs. Les métis présentés à leur parents adoptifs comme étant issus de 2 parents noirs (au lieu d'un conjoint blanc et un conjoint noir) ont un QI plus élevé que les noirs présentés à leur parents adoptifs comme issus de 2 parents noirs. Exactement ce que prédit la théorie héréditariste; le métissage élève le niveau de QI. Alors que pendant ce temps, les enfants asiatiques souffrant de mal nutrition (qu'il a fallu évidemment hospitaliser) adoptés par des parents blancs aux USA montrent un QI bien supérieur à celui de la moyenne des blancs (100). L'adoption des enfants noirs de même condition montre un QI qui n'est jamais très loin de leur moyenne ethnique (85). Plus de détails dans le papier que je cite.

M.H. a dit…

-l'argument de l'estime de soi ne semble pas fonctionner. Extrait de Race, évolution et comportement (Rushton), que vous pouvez facilement trouver téléchargeable via google :

"Il est peut-être surprenant d’apprendre que les Noirs ont une estime de soi plus importante que les Blancs ou les Orientaux. C’est vrai même lorsqu’ils sont plus pauvres et moins instruits. Dans une grande étude sur des jeunes de 11 à 16 ans, les Noirs se sont notés comme plus attirants que ne le faisaient les Blancs. Les Noirs se sont également donné de meilleures appréciations en lecture, en science et en études sociales, mais pas en mathématiques. Et ils le disaient bien qu’ils sachent que leur réussite scolaire réelle était inférieure à celle des Blancs."

On dit qu'il existerait un facteur "X" qui abaisserait continuellement le QI des noirs. L'argument n'est pas toujours convaincant. Extrait de Thirty Years :

Another way to test the hypothesis that there is some special ‘‘Factor X’’ that lowers the IQ of Blacks is to compare the similarity of the correlations between background variables (such as the home environment and the peer group) and outcome measures (such as scholastic achievement and delinquency rates). If a Factor X exists, some of these correlations should be lower for Blacks. A series of studies on some very large samples have tested this hypothesis and disconfirmed it [41]. For example, Rowe et al. [42] examined test scores for 8528 Whites, 3392 Blacks, 1766 Hispanics, and 906 Asians and found the exact same relation of background variables and outcome variables in each race; there was no evidence of any special factor that acted systematically to lower the IQ scores of Blacks.

Récemment, j'ai lu ces deux papiers, toujours de Rushton :
http://www.charlesdarwinresearch.org/RandRProgressIntell2003.pdf
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2668913/

Je recommande vivement le premier. Il montre que la corrélation entre les 37 traits musculo-squelettiques et la taille du cerveau est maximale (r = .94; p = .94). Grosso modo, parce que les asiatiques ont un plus gros cerveau que les blancs, et les blancs que les noirs, la forme du crâne asiatique est plus sphérique, plus large, et plus haut. Celui des noirs est plus "long" (càd fuyant vers l'arrière). La proéminence du cerveau chez l'asiatique réduit le prognathisme et aplatit le visage, les asiatiques ont un visage plus large et plus plat. Les noirs ont ainsi une machoire proéminente, car leur cerveau plus léger n'empêche plus le développement de la machoire. Et puisqu'ils ont une machoire plus développée, les noirs ont plus de dents, plus longues, et des racines plus longues. Effectivement, il se trouve que les asiatiques ont moins de dents, plus courtes (notamment les molaires), et des racines dentaires plus courtes que les blancs, et les blancs que les noirs. Le développement cérébral accru chez les jaunes réduit les muscles du cou, et effectivement, les traits physiques parlent d'eux-mêmes. Les crêtes nuchales sont inexistantes chez les asiatiques, et bien visibles chez les noirs. Les blancs, encore une fois, se situant dans l'intermédiaire (c'est le cas pour tous les traits physiques). En outre, le diamètre pelvien des femelles blanches (27,4 cm) est plus important que celui des femelles noires (24,6 cm), même s'il est regrettable que les données concernant les femmes asiatiques sont absentes. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que le pelvis doit s'élargir pour s'adapter à la naissance d'un bébé à plus gros cerveau. L'élargissement du pelvis provoque à son tour l'incurvation du fémur, et effectivement, le fémur est plus incurvé chez les jaunes que les blancs, et les blancs que les noirs. Plus de détails, lire le papier.

M.H. a dit…

Le deuxième document est pas mal non plus. On y voit que le cerveau des hommes est plus important que celui des femmes, et représente pour 4-5 points de QI à l'avantage des hommes. Les tests cognitifs (Deary et Der, par exemple) confirment ces différences : les hommes font mieux que les femmes. Le vieillissement des tissus cérébraux est également confirmé au travers des tests cognitifs. Les jeunes font mieux que les vieux.
Mais le plus important provient de l'étude du Dr Adolph H. (!!!) Shultz : ses analyses sur les foetus concluent la chose suivante. Les différences ethniques dans la taille du cerveau sont constatées même avant la naissance, et ces différences s'accentuant au cours du développement foetal. Les foetus blancs ont un visage plus petits et un plus gros cerveau que les foetus noirs. Lire le compte-rendu ici :
http://www.eugenicsarchive.org/eugenics/image_header.pl?id=562&printable=1&detailed=0

Peut-être l'une des meilleures critiques de la théorie héréditariste que j'ai pu lire jusqu'ici est celle de Lieberman, même si la plus complète, c'est indéniablement Nisbett.
http://cscs.umich.edu/%7Ecrshalizi/sloth/lieberman-on-rushton.pdf

Pourtant, même celle-ci me paraît bien légère.
Une critique ridicule est l'application de Lewontin's Fallacy, qui consiste à dire que les variations "au sein des groupes ethniques" sont plus importantes que les variations moyennes de QI "entre les groupes ethniques". Si je dis que la taille moyenne des asiatiques est inférieure à celle des blancs, et que les variations de taille au sein de la communauté chinoise sont largement plus importantes que les variations entre blancs et jaunes, dois-je conclure que les asiatiques ne sont pas plus petits que les blancs ? Non, bien sûr. Ce qui compte, c'est la taille moyenne.
En outre, Lieberman désinforme quand il prétend que les analyses crâniennes ne tiennent pas compte des 14 variables socio-économiques citées par Tobias (état nutritionnel, classe sociale, etc). L'étude de Ho, Roessmann, Straumfjord, et Monroe (1980) tenait compte de toutes ces variables. L'écart de 100 gr entre le cerveau des blancs et celui des noirs persiste toujours.

M.H. a dit…

Dernière chose, dans votre partie 2, sur la criminalité, les études que j'ai pu lire à ce sujet (sans compter les chiffres du Bureau of Justice Statistics : http://bjs.ojp.usdoj.gov/content/homicide/race.cfm ) me laissent croire que l'argument de la pauvreté et l'inégalité comme facteur déterminant n'est pas convaincant ( http://online.wsj.com/article/SB10001424052748703580904574638024055735590.html ). En même temps, le facteur génétique n'est pas non plus très convaincant (mais peut-être plus que le SES), puisque les taux de criminalité et de viols varient sensiblement en fonction des régions et des pays. Certes, les noirs sont surreprésentés dans les prisons, mais quand même. Rushton dit que c'est leur taux de testostérone, qui explique aussi pourquoi les noirs dominent le sport en général. Ça ne signifie pas que c'est le facteur prédominant, et je n'y crois pas (c'est une opinion plus qu'une conviction ceci dit). Dans son ouvrage Race, évolution et comportement, il évoque la thèse évolutionniste. C'est l'environnement qui fait que les noirs, les blancs et asiatiques présentent des caractéristiques différentes, notamment sur la taille du cerveau. Lire le chapitre 7, "Out of Africa", notamment. Implicitement, il dit que pour élever le QI des noirs, ces derniers doivent quitter l'Afrique.

Si vous voulez approfondir le sujet, qui semble décidément vous plaire, je vous conseille les blogs de "chuck" :
http://occidentalascent.wordpress.com/
http://abc102.wordpress.com/

J'ai pas encore lu tous ses articles, vu que je découvre tout récemment ses blogs. Mais on y découvre des choses vraiment étonnantes. Certes, la théorie héréditariste est inacceptable d'un point de vue socialiste, car il tend à justifier les inégalités, et ceux qui soutiennent cette thèse sont immédiatement catalogués "racistes". Néanmoins, je persiste à penser que ces quelques inconvénients ne doivent pas nous empêcher de chercher la vérité. On aime ou on n'aime pas, mais les faits sont têtus.
Si vous avez des objections, des questions, n'hésitez surtout pas. Ce n'est pas facile d'aborder ce genre de conversation sans distribution de points Godwin à chaque ligne. C'est rassurant de voir quelqu'un accepter d'étudier ce sujet avec sérieux. Je ne raterais pas une occasion, si elle se présente.

Gu Si Fang a dit…

Merci pour tous ces liens. Réponse courte, car je n'aurai pas de sitôt le temps d'y regarder de plus près. J'ai téléchargé tous les pdf pour plus tard.