03 janvier 2006

Livre : Freakonomics de Steven Levitt



“While morality represents the way people would like the World to work, economics is the way it actually works”

Quel est l’intérêt d’un expert ? Le votre ou le sien ? Tout dépend de son incentive – sa motivation. Par exemple un médecin ne prendra pas la même décision sur un soin coûteux selon qu’il privilégie l’intérêt du patient, celui de la Sécurité Sociale, ou le sien propre. Pour les agents immobiliers, cela a pu être mesuré : en moyenne ils mettent 10 jours de plus à vendre leur propre maison que celle de leur client, et pour un prix 3% supérieur. L’incentive ne rémunère pas suffisamment le temps d’attente d’une meilleure offre.

Il y a trois types d’incentives : économique, social et moral. Par exemple, publier la photo des clients de prostituées sur Internet est plus dissuasif que de leur faire payer une amende (incentive social).

“Economics is about the way people get what they want”

Une expérience en Israël : on fait payer $3 aux parents qui viennent chercher leur enfant en retard à la crèche. Résultat : le nombre de retards explose ! Solution : le prix était trop bas, moins cher qu’une babysitteuse, mais surtout il supprimait l’incentive moral. Après l’expérience et la suppression de l’amende de $3, les parents ont continué d’arriver en retard car ils avaient perdu le sentiment de culpabilité attaché au retard.

Sur le comportement des media pendant les émeutes en banlieue : la prochaine fois il faudrait demander aux journalistes de garer leur voiture à Clichy !

Motivation des donneurs de sang ?

Motivation des anti-tabac-dans-les-lieux-publics : votre santé ou leur confort ?

Anecdote des enfants à charge sur la déclaration de revenus : lorsque l’administration a demandé aux déclarants de fournir un N° de sécurité sociale, 7 millions d’enfants ont soudain disparu. Et la fameuse case à cocher pour la redevance audiovisuelle ? Et Christine Boutin qui défend la licence globale optionnelle en suggérant qu’on fasse appel au sens des responsabilités des Internautes ?

Tricherie aux examens : détectable par examen statistique des QCM. Le problème est que certains profs aidaient leurs élèves à avoir de bonnes notes à l’examen parce que c’est leur intérêt personnel.

L’homme aux bagels : même avec des configurations où ils sont sûrs de ne pas être pris, les gens paient leurs bagels à 87% (du moins aux Etats-Unis…). La peur ou la honte d’être pris ne sont donc pas les seules motivations, il y a aussi l’idée que l’on se fait de soi-même. Est-ce le lobe frontal du cerveau qui commande ce comportement ?

Internet réduit la différence d’information entre le public et les « experts ». Comparaison des prix d’assurance-décès, mots de passe secrets du Ku Klux Klan, prix des pompes funèbres. Mais beaucoup de « crimes d’information » restent inconnus, notamment ceux qui se produisent dans les entreprises. Les prix de l’électricité en Californie (scandale d’Enron) donnent aux partisans du public des arguments contre la privatisation d’EDF. On pourrait au contraire argumenter que, dans une société privée, l’incentive de la société étant connu de tous (accroître son profit), il est plus facile de s’en prémunir que dans une société publique où les motivations sont plus obscures. Les syndicats affirment qu’ils veulent le bien des clients, et personne ne les croît, mais qui connaît réellement leurs motivations ? Faut-il comme Stetson Kennedy infiltrer les OS pour connaître leurs rouages internes ? C’est probablement déjà fait !

Dans l’immobilier, cinq mots corrélés à un prix de vente plus élevé : granite, state-of-the-art, corian, maple, gourmet ; et cinq corrélés à un pris de vente plus faible : fantastic, spacious, !, charming, great neighbourhood. Mais Internet permet aux acheteurs de mieux se faire une idée du marché sur les nombreux sites d’annonces immobilières. De ce fait, l’écart entre le prix de vente des biens appartenant à des agents immobiliers et ceux de leurs clients a été divisé par trois. Idée : créer un site Internet recensant les transactions, avec le prix de vente initial, le prix de vente final, et autres informations « secrètes » si ce n’est des notaires.

La lutte contre les discriminations consiste à dire qu’il est socialement inacceptable de défavoriser un groupe social, ethnique ou religieux. La discrimination peut baisser parce que plus personne n’ose afficher en public des préférences que la société réprouve. Il existe alors une forme plus insidieuse de discrimination : la discrimination statistique (ou informationnelle).

« Journalists need experts as badly as experts need journalists »

Image du dealer qui roule en Mercedes décapotable : c’est n’importe quoi ! Comment avoir des informations fiables sur le niveau de vie des dealers ? Au lieu de cela les journalistes propagent une image qui est pratiquement une invitation au crime.

Histoire des dealers de drogue : c’est un tournoi dans lequel le vainqueur a une situation extrêmement enviable (revenus, statut social). Les soldats et les officiers sont prêts à accepter un niveau de risque élevé et une rémunération faible simplement pour pouvoir participer au tournoi, d’autant que les alternatives sont peu nombreuses. Il s’agit donc bien d’une entreprise, très « capitaliste » dans le sens où la concurrence règne et la dispersion des salaires est extrême.

D’après J.K.Galbraith, les deux facteurs qui contribuent à ce qu’une idée soit considérée comme étant « bon sens » sont : 1) la facilité avec laquelle on peut la comprendre et 2) la manière dont elle affecte votre bien-être.

Des études montrent que la prolifération des armes à feu aux Etats-Unis est largement responsable du nombre élevé de crimes de sang. Mais l’interdiction des armes est économiquement inefficace puisqu’il existe un marché noir développé. Description de l’effet d’une arme à feu : cela équilibre les conflits et donc multiplie leur occurrence par rapport aux situations sans armes dans lesquelles on sait généralement qui va l’emporter avant que le conflit ait lieu.

La thèse de l’article de Levitt en 2001 est que la légalisation de l’avortement en 1966 est l’événement qui a le plus fortement contribué à faire baisser la criminalité dans les années 1990. La natalité a cru de 30% mais les naissances ont baissé de 6%, indiquant au passage que l’avortement était utilisé comme méthode de contraception. Les enfants qui ainsi ne sont « pas nés » auraient en moyenne été plus souvent pauvres, nés d’une mère adolescente, et souvent élevés dans un foyer monoparental – des facteurs fortement prédicteurs de la criminalité.

La confusion entre corrélation et causalité est souvent soulignée dans le livre. Ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup de policiers dans les villes où la criminalité est élevée que la police est responsable de l’augmentation de la délinquance. De la même manière, la réduction de la criminalité est un « effet secondaire » de la légalisation de l’avortement, mais en aucun cas on ne peut en déduire que l’avortement serait une mesure souhaitable pour réduire la criminalité. En revanche, il faut se demander comment assurer une éduction correcte aux enfants de filles-mères.

“Risks that scare people and risks that kill people are very different. Regardless of the threat, risks that we control are perceived as less dangerous as those out of our control : exemple de la voiture et de l’avion.”

“Genes alone are responsible for perhaps 50% of a child’s personality and abilities.”

Sur la corrélation et la causalité : si X et Y sont corrélés, il se peut que X soit la cause de Y, ou Y la cause de X, ou encore que Z soit la cause de X et Y. Comment faire la part des choses ? Une façon de procéder est d’identifier des facteurs qui expliquent (presque) toutes les variations de X :
- si Z explique toutes les variations de X, alors c’est que Y n’est pas une cause ;
- si X explique les variations de Y, alors il n’y a pas de cause Z cachée.

Levitt démontre ainsi qu’un « nom noir » n’est pas un handicap social. La corrélation qui existe entre un nom noir et une trajectoire sociale défavorisée s’explique par d’autres variables que le nom : revenus et éducation des parents, etc. !

A lire l’étude sur la corrélation entre le choix du prénom d’un enfant et le statut social de ses parents, on a envie de publier l’information : si les parents savent qu’un prénom est socialement mal classé, ils auront (devraient) avoir tendance à moins le donner, et donc à inverser la tendance. Ainsi on pourrait annuler un facteur de sélection statistique et améliorer l’égalité des chances.

Mais l’auteur insiste sur le fait que les prénoms à la mode viennent non pas des célébrités mais des familles ayant un niveau d’éducation élevé. Ce sont ces familles « modèles » que les parents moins éduqués tendent à copier quelques années plus tard. Ainsi, le prénom ne fait qu’indiquer les attentes des parents concernant l’avenir de leur enfant, mais il n’a au final aucune incidence !


Freakonomics - Steven Levitt.pdf

2 commentaires:

Julien a dit…

* Economics is a science that attempts to analyze the reality of things (rather than the theory of an ideal world) using tools and methods (mostly analyzing data and building and validating theories/models).
* "People lie, numbers don't."
* Incentives are an important key in analyzing the data. There are three kinds: economic (money), moral (I feel bad) and social (I feel bad that someone saw me).
* Incentives have a side-effect: cheating (teachers).
* The importance of information: assymetries can be leveraged and used to generate fear (real estate agent).
* Regression analysis: finding the correlation of two aspects, all other parameters being equal.
* Parents matter but parenting styles don't.
* Risk and perception of risk are different (swimming pool vs. gun, child-proof packages/car seat/...).

Julien Couvreur a dit…

The authors of Freakonomics have a blog.

Also, there is some interesting debate on the crime and abortion link that is argued in the book.