04 janvier 2006

Livre : La possibilité d'une île de M.Houellebecq

Autant le dire tout de suite : j'ai aimé. Cependant la vision du monde que présente M.Houellebecq est tellement forte, et constante à travers ses livres successifs, que je me suis surpris à le lire comme de la philosophie et non comme de la littérature. En effet, son oeuvre propose une explication de la misère humaine à travers deux phénomènes : la compétition économique et la compétition sexuelle.

Après avoir fait personnellement le constat de cette réalité à la suite d'une période de chômage et d'un divorce, Houellebecq a transcrit sa propre expérience dans ses romans avec un réalisme terrifiant. Ses personnages sont décrits alternativement comme des "gagnants" ou des "perdants" sur le plan économique et/ou sexuel.

Allant plus loin que le simple constat fait dans Extension du domaine de la lutte, il propose diverses théories sur les stratégies disponibles pour sortir de ce guêpier : le développement du clonage dans Les particules élémentaires, la mondialisation du tourisme sexuel dans Plateforme, et enfin l'immortalité à travers le clonage dans La possibilité d'une île.

Le fait que ses romans nous frappent tant est le résultat d'une double généralisation dans laquelle il nous entraîne habilement. Le problème n'est pas présenté comme une expérience personnelle, mais comme un phénomène de société tout à fait universel, contemporain, et qui concerne chacun d'entre nous. De plus, les comportements particuliers des personnages sont décrits comme des tendances sociales lourdes, ce qui conduit Houellebecq à nous promettre un avenir très sombre.

Je recommande donc de lire Houellebecq sous condition d'une petite préparation préalable qui consiste à 1) lire sa biographie et retenir qu'aucun homme ne peut traverser le chômage, le divorce et la dépression sans que cela ait une influence notable sur sa vision du monde, et 2) se préparer à résister au penchant naturel qu'il a - et que nous avons tous - à passer du singulier au général, et de la coïncidence à l'explication.

1 commentaire:

vik a dit…

PORTRAITS CROISES HOUELLEBECQ, SOLLERS ET LA PLAIDOIRIE D’ARRABAL
Michel Houellebecq et Philippe Sollers s'observent et se portraitisent dans leurs œuvres, sans complaisance. Portait à l'eau forte.
DANIEL (Michel) dans "une vie divine" de Sollers : « Daniel, cinéaste désormais mondialement célèbre, comme le prouve son dernier grand entretien dans Destroy. Il a l’air à la fois en pleine forme et très déprimé, résultat probable des tranquillisants et des somnifères qu’il absorbe à haute dose. Il boit des alexandras, parle peu »
Plus sur : http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=141
SOLLERS dans "les particules élémentaires" de Houellebecq :
« Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
- Je ne sais pas, vous pourriez publier mon texte.
- Ouh là là ! Il s’est esclaffé comme si j’avais fait une bonne farce. Une publication dans L’Infini ? Mais, mon petit bonhomme, vous ne vous rendez pas compte... »
Plus sur : http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=87
Et aussi sur le procès en « blasphème » de Houellebecq, relire la déposition de Fernando Arrabal. Un véritable morceau d’anthologie :
http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=139